À l'hôpital

Préambule

Lorsque j'étais tout jeune, je faisais des crises d'asthme. C'était déclenché par des allergies que j'avais (et que j'ai encore) aux animaux. À partir de l'âge de trois ans, je n'en ai plus jamais refait. Cependant, il y a de cela une dizaine d'année, j'ai recommencé à avoir occasionnellement de la difficulté à respirer, notamment lors des changements de saisons. Rien de sérieux, quelques doses de Ventolin ici et là réglaient le problème. Puis, ces dernières années, il m'arrivait souvent d'avoir une toux sèche avec quelques sécrétions que je parvenais toujours à éliminer. D'ailleurs, on me disait que j'attrapais souvent la grippe. Je répondais toujours que ce n'était que des allergies. En avril dernier, j'ai commencé à prendre des médicaments pour contrôler ma pression sanguine dont l'effet secondaire peut provoquer une toux sèche. Plus le temps passait, plus cette toux s'aggravait. J'en connais maintenant la cause réelle.

Le lundi 28 novembre, 20 h

Je prends une dose de sirop expectorant pour m’aider à me débarrasser de ce que je crois être une mauvaise toux. Je voulais dégager les sécrétions que j’avais depuis longtemps.

Le mardi 29 novembre, 4 h

Je me réveille parce que j’ai de la difficulté à respirer. Selon moi, c’était le sirop qui faisait son effet, comme si ça avait figé les sécrétions sur mes bronches. Je suis allé boire de l’eau en pensant que j’améliorerais ma condition. Au contraire, je me suis étouffé. Quelque chose n’allait pas avec ma respiration, alors j’ai décidé d’aller à l’urgence. Je ne sais pas pourquoi parce qu’en d’autres temps, j’aurais attendu au matin.

Le mardi 29 novembre, 4 h 20

À mon arrivée à l’urgence, on me fait remarquer que j’ai les ongles bleus. On me donne un lit immédiatement. Le docteur ne semble pas comprendre mon histoire de sirop pris la veille pour des sécrétions que j’avais depuis six mois, le tout mêlé à mon historique d’asthme. Il faut dire que mes explications n’étaient pas très claires et qu’en plus, chaque mot que je prononçais me demandait un effort énorme. Il m’a mis le masque à oxygène en me disant qu’on prendrait des radiographies au petit matin pour voir clair dans tout ça.

Le mardi 29 novembre, 7 h 15

On prend des radiographies de mes poumons. Le docteur m’explique que « quelque chose » pousse ma voie respiratoire sur le côté à la hauteur de la gorge. Il me renvoie à la maison en me disant qu’un spécialiste me téléphonerait dans la journée. L’oxygène m’avait fait un grand bien… et je voulais me rendre au travail. Isabelle était passée me voir et je lui avais expliqué la situation. J’ai ensuite appelé l’école pour signaler que j’arriverais en retard.

Le mardi 29 novembre, 8 h 10

J’entre à la maison. Je me fais un petit déjeuner que je prends lentement en regardant la télévision. Ensuite, je prends une douche. Tout va bien.

Le mardi 29 novembre, 10 h 30

Je me mets en route pour l’école. J’arrête chez Subway pour me chercher un sous-marin et un thé glacé pour le dîner et je poursuis ma route. Soudain, l’horreur! L’air ne passe plus du tout. Je fais demi-tour et me dirige vers l’hôpital en essayant de reprendre ma respiration tant bien que mal. Ça revenait petit à petit, comme lorsqu’on s’étouffe en avalant quelque chose de travers. En arrivant à l’hôpital, je fais un appel à l’école pour aviser que je retourne à l’urgence. Le plus fou dans tout ça, c’est que pendant tout cet épisode, je me disais que si ma respiration pouvait revenir, je pourrais retourner au travail sans avoir besoin de retourner à l’urgence. J’ai pris une décision qui m’a sauvé la vie.

Le mardi 29 novembre, 11 h

C’est mon docteur de famille qui m’a accueilli à l’entrée. Il venait justement de lire le rapport décrivant mon séjour à l’hôpital la nuit précédente. Il se préparait à m’appeler pour que je revienne et s’est dit très heureux que je l’ai fait de mon propre chef. Puisque la radiographie prise le matin avait montré quelque chose de louche, on avait jugé nécessaire que je sois vu par un spécialiste. On organise donc mon transport par ambulance à l’Hôpital Civique d’Ottawa.

Le mardi 29 novembre, 11 h 45

J’arrive à l’hôpital d’Ottawa. On m’installe sur un lit et je dois attendre près d’une heure avant qu’on vienne vérifier mes signes vitaux, ce qui n’est rien compte tenu de l’activité qui régnait à l’hôpital cette journée là. Heureusement, Isabelle avait pu se libérer pour venir me tenir compagnie.

Le mardi 29 novembre, 14 h

On vient me dire que je vais passer un C.T.Scan. Ce test permettrait de poser un diagnostic plus précis que la radiographiie. Je commence à m’inquiéter sur mon sort.

Le mardi 29 novembre, 16 h 

On m’annonce que le C.T.Scan a révélé la présence d’une masse qu’on soupçonne cancéreuse : une tumeur. Ce n’est qu’un peu plus tard qu’un médecin, une résidente, viendra m’expliquer qu’on doit d’abord sécuriser mes voies respiratoires. On me parle d'une trachéotomie. Ensuite, on regardera le traitement pour la tumeur. C’est le docteur O'Dell chirurgien oto-rhino-laryngologiste (ORL) qui viendra m’expliquer tout ça un peu plus tard. Plusieurs me disent qu’il s’agit d’un excellent spécialiste en la matière. La chose est vraie.

Le mardi 29 novembre, 18 h 15

Je dois me préparer pour aller subir ma trachéotomie. Juste avant, mon médecin de famille vient me souhaiter bonne chance. Isabelle m’accompagne jusqu’à l’étage mais doit me laisser devant le corridor qui mène au bloc opératoire. Devant la salle d’opération, le docteur O'Dell m’explique brièvement ce qu’on fera. Il insiste sur le fait qu’il s’agit d’une procédure d’urgence. 

Le mardi 29 novembre, 19 h 30

Je reprends lentement conscience à la salle de réveil avec cette horrible sensation de strangulation au bas du cou. Les gens s’affairent autour de moi mais je m’en rends plus ou moins compte, l’effet de l’anesthésie ne s’étant pas tout à fait dissipé. Isabelle vient me dire qu’elle avait parlé au docteur O'Dell après l’opération et que tout s’était bien passé. Il me considère très chanceux d’être allé à l’hôpital le matin même. La tumeur risquait de boucher mes voies respiratoires à tout moment et je serais mort étouffé. Il est d’ailleurs venu me saluer peu de temps après. Je me souviens lui avoir demandé ce qu’il pensait de la tumeur et quelles étaient mes chances que les traitements réussissent. Il m’a répondu que la tumeur était grosse et que mes chances ne pouvaient pas être de 100%. De toutes façons, qu’il me dit, nous avons fait un prélèvement et il faudra attendre le résultat des analyses avant de se prononcer.

Le mercredi 30 novembre, 6 h

Je n’ai pas vraiment bien dormi. Par contre, malgré la douleur au cou, je respirais comme je ne l’avais pas fait depuis longtemps. Lorsque les voies respiratoires sont privées d’air, il se dépose du mucus sur les poumons et les bronches. J’ai eu droit à ma première succion profonde. Il s’agit de faire pénétrer un cathéter relié à un aspirateur dans la canule de ma trachéotomie pour retirer les sécrétions. L’effet est terrible, surtout la première fois. Ça provoque une forte toux à en étouffer.

Le mercredi 30 novembre, de 7 h à 12 h

Les heures qui passent me semblent extrêmement longues. De temps à autres, on vient me faire subir ces affreuses succions profondes. Je m’y habitue peu à peu. On m’explique que je ne pourrai pas avoir ma chambre avant le dîner. Ça ne me dérange pas vraiment. Le personnel est attentionné et ils se font des blagues entre eux. Ça me change les idées. On a dégonflé le ballon de sécurité autour de ma canule interne. Je peux prononcer quelques mots. Même si on m’en explique les raisons au préalable, chaque petite intervention de ce genre m’inquiète au plus haut point. Vais-je souffrir? On est venu me dire qu’Isabelle avait téléphoné tôt le matin et vers 11 h. 

Le mercredi 30 novembre, 12 h

On m’amène à ma chambre. Il s’agit d’une chambre à trois. Je reçois les mêmes soins qu’à la salle de réveil. On nettoie mes bandages. Les succions deviennent de moins en moins pénibles. On m’avait d’ailleurs expliqué qu’on devait en diminuer la fréquence pour ne pas irriter mes poumons et que je devrais me débarrasser de ces secrétions par moi-même en toussant. Ils ne me l’ont pas dit deux fois. On me demande régulièrement si j’ai besoin de calmant pour la douleur. Je refuse. Je suis bien soigné.

Le mercredi 30 novembre, 13 h

Isabelle arrive. On se cache quelque peu nos inquiétudes. Elle me réconforte, me dit qu’il faut attendre le résultat des analyses avant de s’imaginer le pire. Elle essaiera de m’obtenir une chambre privée. La chose ne sera pas possible avant quelques jours. Je lui demande si elle avait informé les enfants de ma condition. Elle leur avait parlé de mon intervention sans mentionner la tumeur. Laurence et Roxane avaient de gros examens cette journée-là et il n’était pas nécessaire de les inquiéter davantage. J'ai demandé à Isabelle d'informer ma mère et mon frère de la situation. Pas question de manger pour l’instant. Je suis nourri par intraveineuse. Je reprends des forces tout de même assez rapidement. Je peux m’asseoir sur le bord de mon lit et me tenir debout. On m’a offert d’aller prendre une douche mais je n’étais pas prêt.

Le jeudi 1er décembre, 7 h

Les médecins résidents viennent vérifier ma condition, s’informer si j’ai bien dormi. Je réponds dans l’affirmative mais dans le fond, ce n’était pas tellement vrai. Je leur ai demandé quand je me débarrasserai de ces sécrétions. On me dit trois à quatre jours, que c’est normal lors d’une intervention comme celle que je viens d’avoir. Ce qu’on ne savait pas à ce moment –là, c’est que je faisais un début de pneumonie. J’en aurai donc pour plusieurs autres jours à tousser,

Le jeudi 1er décembre, 8 h

J’ai fait quelques pas pour la première fois. Entre les prises de sang, les tests vitaux et les changements de bandages, j’ai eu le temps d’aller me faire la barbe. Un peu plus tard, un infirmier est venu m’offrir d’aller prendre une douche. Je pleurais comme un bébé en me rendant à la salle de douche. Je n’en revenais pas de l’accomplissement que j’étais en train de faire depuis mon opération.

Le jeudi 1er décembre, 10 h

Les infirmières continuent leurs routines. Tout le monde est gentil. Je commence à plaisanter avec chacun d’eux et ils me le rendent bien. Ils me diront plus tard que j’ai une attitude très positive face à tout ça, que ça m’aidera. Je leur montrais une belle coquille mais à l’intérieur… Cette journée-là, je passerai une radiographie pour mes poumons qui confirmera mon début de pneumonie. J’irai aussi passer un autre C.T.Scan pour vérifier l’abdomen, les poumons et le cou. Finalement, je passerai un test de résonance magnétique (MRI), encore plus précis que le C.T.Scan. On obtiendra des images plus détaillées de mes tumeurs. Le MRI est un affreux test à subir. On introduit le patient de la tête à la ceinture dans un long tube. L’espace entre les yeux et le tube n’est que de quelques centimètres. On est dans cette machine pendant près de quarante minutes. Ce doit être terrible pour une personne claustrophobe. Isabelle m’attend à ma chambre à mon retour de ce test. Elle avait parlé aux filles de ce qui m'arrivait exactement et m'a dit que je les verrais demain. Elle a aussi avisé ma mère  et mon frère. Ils voulaient venir me voir. Isabelle passera le reste de la journée avec moi.

Le vendredi 2 décembre, 7 h

Même routine des médecins résidents, mêmes questions et mêmes réponses de part et d’autre. Je me fais la barbe et prends une douche. Ces exercices me remontent le moral. J’ai l’impression de reprendre de l’autonomie peu à peu.

Le vendredi 2 décembre, 10 h

Je reçois la visite d’un physiothérapeute. Il m’explique que mes poumons, n’ayant pas reçu leur plein d’air depuis quelques temps, se sont légèrement affaissés. Il me donne quelques exercices de respiration à faire pour remédier à la situation. Cela aura aussi pour effet de me faire tousser, ce qui m’aidera à me débarrasser de mes sécrétions. Isabelle viendra me trouver peu avent le dîner et restera avec moi jusqu’au soir.

Le vendredi 2 décembre, 14 h

On vient me chercher pour un autre test MRI, quelle horreur! Les images prises la veille n’étaient pas claires parce que je toussais trop. Le problème, c’est que je tousse encore plus aujourd’hui qu’hier. On s’y est pris à plusieurs reprises avant qu’on puisse prendre ces photos. On a même dû faire descendre une infirmière à l’étage pour qu’elle soit prête à me faire des succions profondes si j’en avais eu besoin. J’ai finalement passé le test et les résultats étaient concluants.

Le vendredi 2 décembre, 16 h

Laurence et Roxane viennent me visiter pour la première fois. Je suis bien content des les voir même si j'ai de la difficulté à contenir ma peine. Je n'aurais jamais souhaité qu'elles puissent me voir dans cet état. Ce ne sera qu'un mauvais moment à passer. On m'enlèvera cette cochonnerie dans la gorge, je subirai les traitements nécessaires et je pourrai enfin respirer normalement sans trachéotomie.

Le samedi 3 décembre, 6 h

Ce matin, pas question que les résidents viennent me voir alors que je suis encore au lit. Je me lève, me rase et vais prendre une douche. Je suis bien assis dans ma chaise lorsqu'ils viennent me voir. Je commence à leur demander quand je vais pouvoir rentrer à la maison. Ils me répondent que lorsque je serai à l'aise avec ma trachéotomie, que je pourrai en faire moi-même l'entretien, on en reparlera.

Le samedi 3 décembre, après 9 h

Cette journée-là, je reçois la visite de Mario, enseignant à Sainte-Marguerite-Bourgeoys qui prendra la relève en mon absence. Je suis bien content de le voir. Il m'apporte des cartes que les enfants ont faites et me parle un peu de ce qui se passe à l'école. Même si je suis curieux de savoir, les questions administratives on descendu quelque peu dans ma liste de priorités. Plus tard, c'est Geneviève, une enseignante de l'école Ange-Gabriel où j'étais l'année d'avant, qui vient me voir. Une autre belle visite.

Le samedi 3 décembre, 12 h

On m'apporte de la nourriture pour la première fois. Une crème de brocoli, de la soupe, du Jell-O et du thé. J'ai hâte de manger mais je fais quand même un peu d'angoisse. 

Le samedi 3 décembre, 14 h

Les filles arrivent. C'est moins difficile que la veille. On fait des blagues sur les travers de ma condition. C'est bon de rire un peu. Isabelle était arrivée plus tôt le matin. Je serai en bonne compagnie toute la journée.

Le dimanche 4 décembre, 6 h

Encore une fois, je veux être prêt pour la visite des résidents. Après avoir fait ma toilette, une préposée aux soins est venue me demander si je voulais prendre une douche. J'étais fier de pouvoir lui dire que c'était déjà fait.

Le dimanche 4 décembre, 7 h

Le déjeuner arrive après la visite des résidents. Tout était bon, sauf la crème de blé. L'infirmière a ri quand je lui ai dit que je crachais de ça toute la journée et que je n'en mangerais sûrement pas. Pour compenser, j'ai pris une canette de suppléments nutritifs.

Le dimanche 4 décembre, 11 h

Isabelle l'avait déjà fait, mais je tenais à aviser personnellement ma superviseure de ce qui m'arrivait. Je téléphone donc à Marie-France et, fait cocasse, je ne m'étais pas préparé à ce que quelqu'un d'autre réponde. Avec le volume de ma voix réduit au minimum et devant prendre de profondes respirations à chaque trois mots, je devais avoir la voix d'un obsédé sexuel. Le pauvre à l'autre bout du fil me faisait répéter et je continuais à susurrer mon nom de plus belle. J'ai finalement pu parler à Marie-France et lui parler de ma condition.

Le dimanche 4 décembre, 12 h

Un autre repas s'en vient. Tout le monde sait que les plats préparés d'hôpitaux et d'Air Transat se ressemblent mais chaque repas à prendre était pour moi "le" moment de la journée. Je prenais au moins quarante minutes à chaque fois pour savourer ces immondices. Tout est relatif. Isabelle et les filles viendront passer le reste de la journée avec moi. J'ai repris des forces. On parle de tout et de rien même si on sent la menace.

Le dimanche 4 décembre, 20 h

Peu après le départ d'Isabelle, je me propose d'écouter "Tout le monde en parle". Je me suis décidé à me coucher plus tard que d'habitude. De toutes façons, je suis plus à l'aise assis ou en marchant que couché dans ce lit qui peut prendre toutes les formes sauf celle qui me convient.

Le lundi 5 décembre, de 6 h à 12 h

Mes journées se ressemblent toutes: visite des résidents, nettoyage de ma plaie, conseils du physiothérapeute, etc. Il n'y que les visites d'Isabelle et de mes enfants qui font toute la différence. Je ne sais pas ce que je ferais sans eux. 

Le lundi 5 décembre, 16 h 55

Le docteur O'Dell, en compagnie de ses étudiants, vient m'annoncer le verdict. Isabelle et les filles sont présentes. J'ai un cancer.  Ce sont des carcinomes de cellules squameuses qui font des ravages dans ma gorge. Plus précisément, j'ai des carcinomes à l'hypo pharynx et des nodules lymphatiques aux larynx. Cette forme de cancer peut se déclarer à n'importe quelle partie du corps, interne ou externe. Il a fallu que ce soit dans une région très difficile à détecter. Deux options se présentent à moi: traitement à la chimiothérapie et aux radiations (15% de chances de réussite) ou ablation de la tumeur et traitements aux radiations (50% de chances de réussite). Dans les deux cas, je devrai vivre de façon permanente avec une trachéostomie. Avec l'ablation, mon appareil vocal sera partiellement ou totalement détruit. La bonne nouvelle, s'il en est une, est que pour l'instant, on n'a pas décelé de métastases ailleurs dans mon corps. En l'espace de quelques minutes, mon univers venait de basculer, sans parler des répercussions que cela aura sur ma famille. J'étais sous le choc. Je suis passé à un cheveu de m'évanouir. Quand la délégation médicale est sortie, nous avons reparlé de tout ça en famille. On a pleuré un bon coup.

Le mardi 6 décembre, 6 h

Je suis moins motivé à me préparer pour les médecins résidents mais je me botte le derrière et commence ma journée comme à l'habitude. Lorsque les docteurs viennent me voir, je deviens de plus en plus insistant sur ma date de sortie. Je veux m'en retourner le plus tôt possible à la maison. Cela ne dépend plus que de moi. me dit-on, peut-être jeudi. Je dois devenir habile à changer mes pansements. Je m'appliquerai dorénavant à le devenir.

Le mardi 6 décembre, 11 h

Les membres du personnel de l'école L'Envol me téléphonent pour me partager leurs mots d'encouragement. J'ai parlé à tous ceux avec qui j'ai eu le plaisir de travailler.  

Le mardi 6 décembre, 12 h

Les repas deviennent plus consistants. J'ai droit à des tranches de rôti de boeuf, du macaroni, etc. Mes festins ont beau se faire de plus en plus copieux (entendons-nous), je m'applique à nettoyer mes plaies moi-même. On doit tout stériliser, s'assurer que tout est propre avant de mettre la main sur un bandage. Je dois aussi apprendre à me faire des succions moi-même. Pas évident, mais je suis prêt à tout. Isabelle est venue passer le reste de la journée avec moi. Elle ne reviendra que le lendemain soir parce qu'elle passera la journée à préparer la maison en prévision de mon retour.

Le mercredi 7 décembre, de 6 h à 17 h

C'est la journée la plus longue de mon séjour. Les mêmes routines que d'habitude meublent ma journée. Je m'emploie à faire les exercices recommandés par le physiothérapeute et à prendre de longues marches dans le corridor. Toujours sous la supervision des infirmières, j'entretiens ma trachéotomie. Elles disent que je m'en tire bien. à un moment donné, un médecin vient me voir. Il me dit que je devrais être bon pour sortir demain ou vendredi. Quand je lui ai dit que je croyais que ce serait jeudi, il m'a dit qu'on devait s'assurer que je sois vraiment à l'aise avec ma trachéotomie, qu'une journée de plus ne ferait pas de mal. Je ne partage pas son avis.

Le mercredi 7 décembre, 17 h

Isabelle arrive. Les filles ne pourront pas venir parce qu'elles avaient d'autres activités. Isabelle me dit que tout le monde avait travaillé très fort pour aseptiser la maison et la rendre fonctionnelle pour mon retour. Je lui dit que je n'étais plus certain de pouvoir sortir le lendemain. Je devrai l'appeler tôt le matin pour lui confirmer ça. Peu après son départ, Mario est revenu me voir. Une belle surprise. On a bien sûr parlé d'école mais aussi de tout et de rien, notamment de nos récents achats sur eBay. Ça m'a fait du bien.

Le jeudi 8 décembre, 6 h

Je veux être prêt plus que les autres jours pour recevoir les médecins résidents. Je veux leur démontrer que je suis paré pour le retour à la maison. Ils ne me le confirmeront pas ce matin-là. C'est une infirmière qui viendra m'annoncer la bonne nouvelle un peu plus tard. 

Le jeudi 8 décembre, 8 h 30

J'appelle Isabelle pour lui dire de venir me chercher. Je prends plusieurs marches jusqu'aux ascenseurs en espérant pouvoir l'y accueillir. Entre-temps, j'ai pu voir le physiothérapeute et l'orthophoniste. J'ai aussi rencontré la personne qui s'occupait d'envoyer le matériel dont j'aurais besoin à la maison. Elle m'a expliqué les services auxquels j'avais droit. Une infirmière viendra à la maison vérifier mon état de santé et s'assurera que je ne manque de rien pour l'entretien de ma trachéotomie.

Le jeudi 8 décembre, 10 h

 À mon retour d'une promenade, Isabelle était déjà dans la chambre. Elle avait pris un autre ascenseur. On a rassemblé mes affaires, on a salué tout le monde et on s'est dirigé vers les ascenseurs. Dans ma hâte, j'ai oublié de signer et ramasser les papiers d'usage. J'ai quitté sans crié gare. En bas, à la porte principale, j'ai dû attendre qu'Isabelle aille chercher la voiture. Je suis resté seul pendant quelques minutes à ressasser mes pensées... mais je me sentais bien. Je suis finalement monté dans la voiture et nous sommes retournés à la maison. Nos émotions jouaient au yo-yo. Quarante minutes plus tard, je mettais les pieds chez-nous. Wow!